Uchronie

Posté le jeudi 25 novembre 2010 à 23 h 07 min dans la catégorie « BD, Humeur » par Bruno Bellamy.

BB façon CBJe me fais la réflexion (tardive, certes, mais j’ai parfois le cerveau lent) que la surproduction en BD et le passage au numérique auraient pu ne pas être si absurdes s’ils s’étaient produits dans l’ordre inverse…

Revenons au tout début des années 2000, et refaisons l’histoire : le marché de la musique est déjà en train de devenir une absurdité exponentielle, les majors du disque préférant « voir venir » plutôt que de prendre en compte la possibilité de créer une offre véritablement attractive à destination d’un public qui veut bien payer pour des biens culturels, mais pas n’importe quoi ni à n’importe quel prix.
Tirant les leçons de cet attentisme coupable, les dirigeants du monde de l’édition s’organisent rapidement pour proposer à leur public une offre véritablement exhaustive et qualitative de livres et d’albums de BD téléchargeables. Le prix est modique sans être dérisoire (50% du prix des albums papier), le lectorat ayant bien compris qu’au-delà de l’objet physique qu’il peut ranger dans sa bibliothèque, en payant le livre, il apporte sa contribution à la rémunération de sa création, laquelle est invariable en temps, en compétence et en énergie, qu’il s’agisse de produire des livres papier ou numérique. Bien sûr, économisant sur l’impression, la diffusion, le stockage et le transport, les éditeurs dégagent une marge importante, même sur un prix réduit de moitié. Ils sont assez malins pour ne pas oublier que sans auteurs, les maisons d’édition n’ont rien à publier, et qu’elles doivent aussi rendre ce nouveau paradigme économique attractif pour ces mêmes auteurs, qui pourraient désormais renoncer à dépendre des avances sur droits pour profiter de la mise en place du jeune marché numérique pour s’auto-publier. Ils répercutent donc une part décente de cette économie sur les auteurs, en leur accordant 50% du prix HT des albums vendus sous forme dématérialisée. Comme les rayonnages des librairies virtuelles sont infinis, et que les moteurs de recherche aident le lecteur à trouver son bonheur en fonction de ses goûts, de ses lectures passées, et de la richesse des indexations thématiques fournies par les responsables de la promotion des oeuvres au sein des maisons d’édition, qui ont compris qu’une bonne information du lecteur sur tout le catalogue est bien plus efficace (et donc rentable à long terme) qu’une mauvaise campagne de publicité sur une poignée de best-sellers, non seulement on peut enfin à nouveau se procurer les albums autrefois épuisés, mais la production s’amplifie, se diversifie, et donc gagne en qualité. Ce sont plusieurs milliers de nouveautés par an qui sont désormais publiées, sans qu’aucun auteur n’ait à se plaindre de voir son oeuvre diluée dans la surabondance des catalogues, puisque le numérique leur assure à la fois la pérennité de leurs titres, et le fait que leurs albums sauront toujours trouver leur public grâce à la pertinence de la gestion des bases de données dont les lecteurs ont tout de suite su tirer parti. La richesse ainsi créée permet de maintenir une production d’albums papier qui maintient le réseau de librairies spécialisées, et satisfait la demande des collectionneurs, y compris les amateurs de dédicaces. Dès les débuts de l’expansion de ce marché, la loi est adaptée pour permettre l’application au livre numérique d’un taux de TVA réduit similaire à celui du marché traditionnel du livre, la croissance de la consommation de livres numériques compensant très largement la différence de revenu à l’unité pour l’état… Bien sûr, l’accessibilité des œuvres sur l’Internet permet très vite d’obtenir des données statistiques sur l’intérêt du lectorat international pour des œuvres non encore traduites, que les éditeurs s’empressent d’adapter dans les langues des pays les plus intéressés, tant et si bien que la BD franco-belge, jadis cantonnée à un marché local, commence à rayonner sur toute la planète, étendant son lectorat et suscitant partout de nouvelles vocations d’auteurs…

Sauf que non. On a tout fait à l’envers.


22 commentaires pour « Uchronie » :

  1. Albert ARIBAUD a dit :

    50% du CA HT, c’est possible pour du dématérialisé, moins pour de l’éditition papier… Mais il existe quand même un éditeur « papier » qui donne à l’auteur 50% du bénéfice des ventes. Bon, c’est un éditeur de livres de S.-F., pas de B.D., mais quand même, il en existe un ! Et qui fait quelques titres en « numérique », mais sans DRM : c’est du PDF, simplement. Je ne dirai pas son nom pour ne pas donner l’impression 🙂 que je fais de la pub.

  2. Alz a dit :

    Moi la question que je me pose c’est :
    avec la diffusion en tout numérique, en quoi les auteurs ont encore besoin des éditeurs ?

    Ou est-ce que le fonctionnement a été verrouillé pour que les auteurs ne puissent pas se passer des éditeurs ?

  3. Bruno Bellamy a dit :

    @Albert Aribaud : bien sûr, je n’envisageais pas les 50% sur l’édition papier, comme évoqué plus haut, l’édition papier coûte très cher (fabrication, stockage, fiscalité sur le stock, transport, diffusion…). Et ici je n’ai pas évoqué les DRM pour éviter de m’étirer en longueur, mais j’ai abordé ce sujet devant la commission Patino, pour évoquer les implications morales, et leurs effets néfastes sur l’image des auteurs auprès de leur public, des entraves à la liberté de lire telles que DRM, exclusivités marchandes, etc.

    @Alz : tu ne peux pas aller monter un stand dans la rue pour vendre des pains au chocolat, sous prétexte que tu t’es acheté le four qui convient. Pour vendre, il faut être une société, avoir les statuts appropriés, et être prêt à payer les charges qui incombent à toute entreprise en France, et dont la seule complexité de gestion suffit à étouffer beaucoup de petites entreprises au bout de quelques années. Pour vendre d’occase tes vieux Astérix sur eBay y’a pas de souci, dès lors que vendre ta production devient ton activité professionnelle, statutairement, c’est nettement plus compliqué (et cher).
    D’autre part, ce qu’apportent aujourd’hui les éditeurs aux auteurs, ce sont ces fameuses avances sur droits : faire une BD, c’est LONG. Il faut bouffer pendant ce temps là. L’éditeur file du blé à l’auteur le temps qu’il fasse sa BD. Ce sont des avances. Quand l’album est en vente, le pourcentage que l’auteur aurait dû toucher vient rembourser les avances à l’éditeur. Dans un marché saturé (cf. surproduction évoquée plus haut), beaucoup de livres ne se vendent jamais assez pour rembourser les avances, de sorte que l’auteur ne touche jamais de pourcentage sur les ventes. Comme en plus les avances deviennent misérables (produire dix fois plus de livres avec un budget qui n’a PAS été multilié par 10 impose des sacrifices, et ce sont bien évidemment les auteurs qui les font…), la plupart des auteurs ne touchent même pas l’équivalent d’un SMIC. Donc il leur faut soit bouffer très peu et vivre chez leurs parents, soit dessiner à toute vitesse (et dans les deux cas, la qualité s’en ressent…).
    Le jour où les avances ne permettront même plus aux auteurs de vivre, et qu’ils n’auront, concrètement, plus rien à perdre, il est clair en effet qu’ils pourront, et même devront, se passer des éditeurs. Mais pour l’instant (cf. paragraphe précédent) c’est pas évident du tout. Ne pas avoir de fric pour vivre c’est déjà difficile. Aller en plus s’endetter pour réaliser son oeuvre, ça fait beaucoup…

    PS : il faut lire le post de Fabien Vehlmann sur le sujet.

  4. Matthias Wiesmann a dit :

    Intéressant, mais je pense qu’en 2000 les conditions n’étaient simplement pas réunies.
    • Il n’y avait à l’époque pas d’appareil de lecture portable à un prix raisonnable pour lire des BD couleur. Pour la musique, il y a d’abord eu le player mp3, et ensuite les stores online.
    • Lancer un nouvelle forme de média sur un marché réduit (65 millions de personnes) avec un malus fiscal de près de 10%, c’est pas exactement un business case de rêve. Et je ne vois pas quelle boîte en France aurait eu les reins pour entreprendre un tel coup de force.
    • Je trouve que les auteurs de web-BD francophones tendent à plus vouloir contrôler leur sites, avec des contenus en flash qui résultent en un très mauvais indexage. De même la plupart n’ont pas de publicité (ce qui est bien), mais ça fait une rentrée d’argent en moins.

  5. Bruno Bellamy a dit :

    @Matthias Wiesmann : je ne suis pas d’accord avec le principe de substitution qui amène les majors du disque à considérer les évaluations (douteuses, en plus) des chiffres du piratage comme un manque à gagner, mais s’il y a beaucoup de téléchargements de musique, c’est bien pour l’écouter. Donc s’il est difficile d’affirmer qu’il y a là un marché, il n’est pas moins vrai qu’il y a une demande. Alors certes, ça n’est pas automatiquement transposable au domaine du livre, mais si les téléchargements de livres (et en priorité de BD, puisque c’est manifestement le cas) se développent, c’est bien qu’il y a une demande. Elle n’était certainement pas aussi forte en 2000, mais encore une fois, mon propos suggère qu’il aurait mieux valu précéder cette demande par une offre intelligente, plutôt que d’attendre de voir ce que faisait éventuellement la concurrence, avant de tenter quoi que ce soit.
    Appareils : ça fait quand même des années qu’on peut lire de la BD sur écran, les amateurs n’ont pas attendu l’iPad pour ça. La portabilité est un plus, mais elle est moins cruciale pour la lecture de BD, qui est peut-être plus une activité « de salon », que pour la musique, qui s’emporte et s’écoute, en effet, bien plus facilement au dehors.
    Quant au coût du lancement d’une telle activité… Ce serait tout de même sacrément moins onéreux que la production des albums papier.
    Sites d’auteurs en Flash : même combat. Le Flash c’est naze. Quant à « rentabiliser » un site d’auteur, ben… regarde le mien : zéro pub (ou juste pour mes bouquins, et encore). On ne parle pas ici de « rentrée d’argent en moins » mais bien de « zéro rentrée d’argent ». Le site d’auteur est une activité bénévole, coûteuse, et finalement rien d’autre qu’une tentative de faire soi-même la promo que, généralement, les éditeurs ne font pas. Je l’ai évoqué à la cité des sciences et de l’industrie lors d’une journée d’information sur, justement, l’avenir numérique de la BD : logiquement, les éditeurs devraient rémunérer les auteurs pour le travail de promotion qu’ils réalisent sur leurs sites persos.

    Globalement, sur ton argument concernant le fait qu’en 2000 la situation n’était pas mûre pour cette version de l’histoire, je pense que de toute façon tu as raison. J’aurais dû plutôt écrire ça en imaginant que la surproduction serait arrivée APRÈS l’ouverture du marché numérique, plutôt que d’évoquer un marché du numérique qui aurait démarré avant la phase de surproduction. Mais ça aurait fichu mon scénario uchronique par terre… 😉

  6. TOMKAT a dit :

     Les éditeurs se sont déjà réunis et ont déjà mis en place des sites de vente de bande dessinée numérique (izneo et ave comics), s’accordant à la fois un monopole à la signature du contrat (l’exploitation du livre numérique devant systématiquement revenir selon eux à l’éditeur du livre papier) tout en refusant de renégocier le pourcentage de droits d’auteurs lié à ce nouveau mode d’exploitation (ils accordent le même misérable pourcentage aux auteurs alors que c’est bien moins onéreux pour eux comme tu l’as montré Bruno). Or 10% de 10€ pour un livre papier et 10% de 5€ pour un livre numérique, ce n’est pas la même chose.
     Les nouveaux modes de production (colorisation numérique, numérisation des pages, investissement matériel informatique conséquent, ainsi que promotion par le biais de blogs comme tu le mentionnes) sont à la charge des auteurs, pour qui faire de la bande dessinée équivaut de nos jours à dépenser plus pour gagner moins.
    :skeleton:

  7. Bruno Bellamy a dit :

    …pis c’est pas 10%, c’est 8. 😉

  8. Matthias Wiesmann a dit :

    On peut lire une bande dessinée sur un ordinateur de bureau, mais ça n’est vraiment pas confortable à mon avis. De fait, je ne suis pas convaincu pas qu’un simple pdf avec l’image numérisée de la BD soit la solution.
    • Il n’y a pas de système pour suivre/zoomer sur l’ordre des cases, la lecture est différente de celle d’un livre.
    • Ce serait bien si le texte pouvait être en format vectoriel, je suppose que c’est un problème quand le lettrage est fait à la main, mais c’est un avantage des livres numériques: on peut zoomer sur le texte.
    • Problème lié: le texte de la bande dessiné risque de ne pas être indexé.

    Je pense aussi que l’analogie avec le monde de la musique est limitée. Je peux ripper les CD que j’ai acheté, et graver des CD de la musique que j’ai acquis online, passer d’un média a l’autre sans encombres. Il n’y a pas de manière pratique pour moi de numériser mes bande dessinées, et en admettant que les BDs que j’achète online m’en laissent le droit, la qualité de l’impression et de la reliure ne sera pas comparable à celle d’une BD que j’aurais acheté.

  9. Bruno Bellamy a dit :

    On peut dresser une liste sans fin des avantages et inconvénients, faire un comparatif papier / numérique non moins interminable, et il y aura encore beaucoup à dire, notamment sur le devenir des métiers d’imprimeur et de libraire, sur la qualité d’affichage des couleurs, sur la définition même de la BD (en est-ce encore si on rajoute du son, de l’interaction, de l’animation, etc). Ce n’est pas du tout mon propos ici.
    Je ne veux pas rentrer dans des considérations techniques, je veux juste parler du fait que l’évolution se fait avec des choix, avec des décisions, et de préférence au bon moment, pas dix ans après, quand il n’y a plus moyen de faire autrement.
    Ce que je veux dire c’est que malgré toutes ces dissemblances, tous ces obstacles, toutes ces dérives, tôt ou tard le livre deviendra numérique, ou au moins une part du marché du livre sera diffusée sur support numérique, c’est aussi inéluctable que le passage du vinyle au CD. Aucun support n’est idéal ni éternel, au final c’est le choix d’une majorité de lecteurs pour un support plutôt qu’un autre qui déterminera le marché. Simplement, comme j’ai voulu l’évoquer, l’offre n’a pas été suffisamment précoce ni suffisamment pertinente dans le monde de la musique, et je déplore de constater que, après ce très mauvais exemple, le monde de l’édition n’ait pas eu l’intelligence de prendre le bon tournant au bon moment.
    Ne pas avoir agi comme et quand il fallait a pu être une erreur, de la part de l’industrie musicale. Après ça, ne pas agir comme et quand il faudrait, de la part de l’industrie du livre, est, d’après moi, une faute.

  10. TOMKAT a dit :

    Une part du marché du livre sera diffusée sur support numérique.

    Au risque de me répéter, c’est déjà le cas! Apple avec le ipad, Amazon avec le kindle, la Fnac avec le fnacbook, Sony avec le PRS, Samsung avec le papyrus… on trouve même des livres pour DS! Les liseuses numériques se multiplient et on estime à 9 millions le nombre de livres piratés en 2009 rien que pour les états-unis.

    Une autre étude américaine annonce la disparition progressive de la presse au profit du tout numérique comme le montre cette carte.:skeleton:

  11. Bruno Bellamy a dit :

    @TOMKAT : en effet, c’est déjà largement le cas… Avec mon uchronie, je me suis retrouvé dans le laboratoire des muppets, où l’avenir appartient déjà au passé ! 😉

  12. Aurelien a dit :

    Je vais me permettre d’apporter des arguments dont personnes ne parle.

    1) Le tout numerique c’est vraiment trop top super : plus de materiel electronique = plus de centrale nucleaire, YOUHOU !!!
    Plus serieusement: le tout numerique pour la planete entiere est impossible.En effet, les metaux rares (Rd, Li, etc…) ne sont pas en assez grande quantite pour que chacun soit equipe electroniquement. De plus, un livre ne pollu qu’une fois (seulement pour ca fabrication), pour le tout numerique c’est tout le temps ( on le telecharge, on le grave, on le balade dans ces cle USB. Et pour le lire il faut user de l’electricite pour allumer l’ordi ou le lecteur).

    2) Malheureusement, de nos jour seul le contenu est important (d’ou les copie illegales : pourquoi acheter un CD puisque la boite sera de la meme qualite que ce qu’on peut faire nous meme). Le jour ou ca changera, on reprendra envie d’acheter.

    3) Le cas des livres est plutot simple : est-ce que tu as vraiment envie d’allumer ton ordi pour lire 5 minutes avant de dormir ?

  13. Bruno Bellamy a dit :

    @Aurelien : moi aussi je pense que le tout numérique n’est pas la bonne option, environnementalement parlant, et j’accorde de l’importance au contenant aussi, à sa présence physique, à une belle pochette de disque, à une belle qualité de papier, entre autres, et au final, sans hésitation, je préfère (largement !) les livres en papier.

    Mais…

    Le tout numérique, ou le presque-tout numérique, est quand même sur ses rails. C’est comme ça. J’ai vu à New York pas mal de gens lisant toutes sortes de trucs sur un iPad, je vois Amazon, la Fnac, Barnes & Noble, etc, qui sortent leurs e-books, je vois Virgin qui propose du contenu exclusif pour l’iPad, je vois Apple qui décide arbitrairement de ce qui peut être publié ou pas, je vois que pendant qu’on ne se pose pas les bonnes questions, les choses se FONT. Parce que comme d’habitude, on agit d’abord, on pense après.

    La civilisation semble se bâtir selon un principe inverse de celui des livres qui, justement, sont pensés AVANT d’être écrits.

  14. Aurelien a dit :

    Bruno, on parlait de la mort de la carte postale avec l’apparition des emails.

    Et pourtant, ils en vendent toujours.

    En realite, tres peu de personne aime etre totalement dependante de leur ordi.
    Tu connais beaucoup de monde qui met en reseau leur cafetiere et le robinet des toilettes?

    Les gens aiment la simplicite, meme si certain prefere montrer qu’ils ont beaucoup d’argent en montrant a tout le monde qu’ils peuvent regarder le cours de la bourse sur leur epad.

  15. Bruno Bellamy a dit :

    @ Aurelien : la SEULE raison pour laquelle je n’ai pas encore mis en réseau ma cafetière et le robinet des toilettes c’est que je ne bois jamais de café !

    Dans le métro new-yorkais, je ne pense pas que les gens ont spécialement envie de montrer qu’ils ont du fric, c’est juste que ça devient « normal » de consulter divers types de documents sur un même support, et qu’il faut bien avouer qu’il y a peu de livres papier dont le contenu peut être mis à jour avec une liaison 3G.

    Les livres en papier, c’est bien, le livre numérique c’est bien aussi. L’un ne remplacera pas l’autre, du moins pas avant un bout de temps, OK. Et perso, je préfère encore le livre papier.

    C’est affaire de goût et d’usages.

    Je suis sûr qu’il y a eu des gens pour rouspéter et dire à qui voulait l’entendre que les tablettes d’argile c’était mieux que le papyrus, ou encore que l’invention diabolique de Gutemberg causerait la perte des moines copistes…

    N’empêche, les choses changent. Et comme le faisait fort bien remarquer Darwin, les espèces qui survivent sont celles qui réagissent le mieux au changement…

  16. Aurelien a dit :

    harry potter c’est vendu aux States sous forme de livre…….
    Playboy existe toujours malgre ce qu’on trouve sur le net (cette exemple ne represente pas pas vie prive, c’est juste un exemple 😉

    La seule chose que les gens lisent sur le net c’est les truc gratuits, comme twiter ou facebook (chose obligatoire a faire toute la journee bien sur…).

    Et prends le cas du journal METRO (papier et gratuit).

    Et tu n’as pas repondu a mon precedent exemple : est-ce que tu es pret a allumer ton ordi juste pour lire 5 min avant de dormir?

  17. Bruno Bellamy a dit :

    @Aurelien : j’ai répondu amplement, il me semble, puisque j’ai insisté à plusieurs reprises sur le fait que je fais partie de ceux qui préfèrent encore les livres en papier…

    N’empêche, je viens de lire ton commentaire, et je vais aller dormir dans 5 minutes, ah ah ! 😉

  18. Alexis a dit :

    Bonjour,

    Juste en passant comme ça et sans vouloir casser l’ambiance je vais faire un petit commentaire.
    C’est bien gentil le numérique et tout ça, mais tout ça nous dirige toujours vers la même chose : consommer de nouveaux produits dont on a pas besoin.
    Moi qui suis au chômage depuis 8 mois, je peux vous dire que je suis pas prêt d’acheter tous ces IPad, Nano-PC et autres e-books. Et vu comme c’est parti je me demande bien si je le ferai un jour. Ou alors grâce à SOFIBIDULE avec un crédit pour les fêtes… Bref, j’en reste à mes BD de quand j’étais gamin et que je peux relire sans être obliger d’acheter le dernier lecteur « Trucmuche » parce que le précédent est tombé en panne.
    Vive la consommation ! Et bonne lecture de BD. 😉

    Alexis

  19. Bertrand a dit :

    j’ai l’impression qu’il faudrait encore travailler sur les supports électroniques. L’idée de lire une BD numérique dans le bon fauteuil de mon salon près de la cheminée (ouh ouh, le vilain bourgeois !) ne me déplaît pas du tout. Celle de lire un album entier sur l’écran de mon ordinateur me dérange beaucoup plus, ne serait-ce que pour économiser la durée de vie de mes yeux. Il paraît qu’il y aura bientôt des écrans qui se roulent sur eux mêmes. S’ils ne scintillent pas trop et si je peux les manipuler comme un livre, et s’ils ne valent pas la peau des fesses, je me laisserai tenter, mais j’aimerai toujours prendre mes albums dans ma bibliothèque. J’imagine que plus il y a de possibilités qui coexistent, plus le nombre de lecteurs devrait suivre.

  20. Bruno Bellamy a dit :

    @Alexis : je ne fais évidemment pas l’apologie des e-books, je constate juste que ce marché est en expansion, et que si rien n’est organisé décemment pour que les auteurs soient réellement pris en compte dans ce marché qui n’existerait pas sans eux, ils vont gagner encore moins pour autant de travail, pendant que les vendeurs d’e-books et les éditeurs continueront à faire grimper leur chiffre d’affaire. Et pour rappel, les dits auteurs n’ont même pas droit au chômage…

    @Alz et d’autres : s’agissant d’auto-édition grâce au numérique, comme je l’ai évoqué, c’est impossible sans être une société, et donc sans avoir au minimum un statut d’auto-entrepreneur. Eh bien ce statut, qui semblait une option raisonnable pour ceux qui risquaient fort de ne faire qu’un tout petit chiffre d’affaire semble bien être un piège diabolique… Cf. un article du Monde sur le sujet.

  21. Maëster a dit :

    J’arrive un peu après la bataille, excusez-moi, j’étais aux toilettes. 

    Le livre numérique est une réalité, la consultation de BD se fait et se fera sur écrans, sans faire disparaître les albums traditionnels en beau papier qui sentent bon l’encre d’imprimerie, mais ce marché existe et va prendre de l’ampleur. 
    Simplement, ils ne s’agira pas d’allumer son ordi pour lire 5 mn avant d’aller se coucher mais de lire dans le métro et sur écran souple ou support quelconque une BD tout en écoutant sa musique téléchargée et en envoyant des SMS aux copains sur le même outils. 

    Voir ici, une intéressante idée de ce que le futur immédiat pourra être (prendre des photos avec ses doigts !!!) :

    http://www.ted.com/talks/lang/fre_fr/pranav_mistry_the_thrilling_potential_of_sixthsense_technology.html

    La seule « vision » des éditeurs à ce jour reste ; « Houla, comment capter un lectorat potentiel énorme (les jeunes geeks qui vivent l’oeil rivé sur un écran et les générations suivantes qui naitront avec un écran incorporé dans l’oeil) et ne pas perdre le lectorat actuel (qui, en vieillissant, achètera de moins en moins de BD et relira ses vieux Tintin) ? ». 

    Il ne s’agit pas de disserter sur la disparition ou le remplacement des albums, ce n’est pas le problème. Les albums continueront à exister, certes, mais le marché numérique existera à côté et les conditions qui y seront appliquées seront (peut-être, sans doute) prépondérantes à terme sur les conditions appliquées à l’édition papier. C’est le marché numérique, parce qu’il est potentiellement exponentiel, qui dictera la « loi du marché » et qui servira à terme de « modèle économique » aux éditeurs, vis à vis des auteurs (de moins en moins auteurs, de plus en plus fournisseurs) Et vis à vis des lecteurs. 

    Et c’est aujourd’hui que se joue l’avenir des auteurs, l’avenir des éditeurs et l’avenir de la culture (BD entre autres) qui sera proposée aux lecteurs. 

  22. Gipo a dit :

    Quelques remarques :

    1) La BD numérique est inéluctable pour cause d’économie (chaîne du livre) et de transfert des habitudes de lecture du public : les gens sont sur le web, souvent, parfois tout le temps (facebook). Même ceux qui déclarent n’aimer que les albums papier viennent le dire sur le web. C’est donc sur le web qu’il faut publier des BD (et autres livres, musiques, vidéos…), selon le même principe que le supermarché : c’est là qu’il y a tout ce qu’on cherche, c’est donc là qu’il faut aller (là qu’il faut être, pour les créateurs).

    2) « Facture carbone » ? C’est un fait : il y a une petite perte. Mais si cela importait vraiment (et non comme simple alibi pour du conservatisme), on boycotterait carrément l’internet et la TV. Ou alors on éviterait absolument de télécharger des musiques, des jeux ou des vidéos ! Une BD pesant à peu près 20 secondes de musique ou 10 secondes de film (à vérifier). On éviterait même de parcourir le web pour y mettre des commentaires ;).

    3) Et il ne s’agit même plus de simple publicité (numérique) qui renverrait vers la librairie du coin (physique). Puisque le net est déjà un support de diffusion, pourquoi utiliser ce support-là pour nous proposer d’aller sur un autre support (papier) ? C’est un non-sens ! Ce serait comme transformer la télévision en simple support de promo pour vendre des vidéos qui ne seraient jamais visible sur les chaînes, mais uniquement dans des DVD ou au cinéma ! Une TV sans film ni série (ou alors que quelques extraits gratuits) !

    4) Il y a quand même une raison à ce transfert de support : vendre un objet traditionnel (physique, à conserver, confortable et rassurant), qui a une valeur admise, de par le transfert argent/objet, plutôt que de payer la simple fixation d’électrons dans son disque dur (permanente ? temporaire ? louée ? acquise ? transmissible ?…). Avec le CD ou le DVD, on avait encore un objet. Mais là… C’est donc le prochain défi : rester sur le premier support (le web)… avec un paiement effectif admis par tout le monde.

    5) Ce défi, les éditeurs ne semblent pouvoir le relever par manque d’imagination et de modèle économique validé. Les auteurs ont donc une chance historique de reprendre la main, dans un marché plus léger, plus souple, qui ne nécessite pas d’investissement énorme au départ (logistique : impression, stockage, diffusion, revente)… si ce n’est leur propre rémunération (le temps de la création) et la promo. Car il n’y a plus que ça, qui retienne les auteurs chez un éditeur. Et comme même ça n’est plus assuré (avances sur droits souvent ridicules et promo pléthorique), pourquoi ne pas prendre exemple sur « Les Autres Gens », « Mag NAG », « La Revue Dessinée » ou « Professeur Cyclope » ?

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