Vous entrez dans une zone "non fumeurs"... |
 © Bill Watterson |
J'espère que ceux de mes amis qui sont fumeurs ne m'en voudront pas de ce petit coup de gueule, mais il me semblait utile d'insister sur ce "petit détail"...
Si vous êtes un fumeur comme qui dirait impénitent, au sens où vous considérez l'opinion des non-fumeurs sur votre vice favori comme dépourvue d'intérêt, ne vous attardez pas sur cette page, vous n'y trouveriez rien d'utile...
Permettez-moi simplement, avant que vous ne retourniez à la Home Page, de vous rappeler que la fumée opacifie l'atmosphère et altère donc la vision que vous avez de votre environnement, de sorte que si vous visitez ce site en fumant, vous n'en profiterez pas pleinement. De plus, les substances contenues dans la fumée déposent avec le temps un peu partout dans la pièce une couche de crasse non négligeable, qui -entre autres- salit la surface de l'écran, et par conséquent tout ce qu'il affiche, et peut, à long terme, en encrassant les délicats composants mécaniques de votre micro-ordinateur, nuire à son bon fonctionnement, et donc encore une fois vous priver de la possibilité d'apprécier pleinement ce site...
Le propos de cette page n'est nullement d'agresser les fumeurs, et pas d'avantage de leur prodiguer le bon conseil d'arrêter de fumer. Mais il me semble indispensable de donner mon avis sur ce qui, à mon sens, nécessite réflexion.
D'abord parce que, justement, s'il me faut respecter les fumeurs, il me paraît juste qu'en retour, les fumeurs fassent eux-mêmes un effort pour comprendre que leur attitude manque quelque peu de respect à l'égard de ceux qui ne partagent pas leur usage mais respirent pourtant, bon gré mal gré, la même atmosphère.
Force m'est de constater que, bien que l'information prodiguée aux fumeurs se soit considérablement développée récemment, aucun véritable changement de comportement n'est apparu dans la part non négligeable de population qu'ils représentent. Tout, ou presque, a en effet été dit sur le sujet, c'est à dire que non seulement les fumeurs ne peuvent plus en aucune manière prétendre ne pas savoir que le tabac nuit à long terme à leur santé et les met purement et simplement en danger de mort, mais de plus ils ont eu tout loisir d'apprendre en détail en quoi le fait qu'ils fument peut être aussi nuisible aux gens qui les entourent, c'est à dire bien entendu aussi ceux qui ne fument pas, qu'à eux-mêmes.
Il s'agissait bien là de faire appel à leur sens des responsabilités. Mais il semble que cela n'ait été perçu que comme une atteinte à leur liberté.
L'argument initial, selon lequel tout être est libre de faire ce qu'il veut de son propre corps, jusques et y compris le déteriorer, non seulement ne tient plus face à l'évidence de la polution dangereuse que le tabac cause aux non-fumeurs, mais peut même, en ces jours inquiétants où la protection sociale semble menacée, ne plus tenir du tout, tant il est vrai que c'est l'ensemble de la population, et non simplement ceux qui sont responsables de leur propre maladie, qui doit assumer le coût de la prise en charge de ceux qui arrivent au terme de leur parcours d'auto-consumation. Navré -croyez le bien- de tenir un discours aussi scabreux, je ne peux que constater que l'argent que je verse à la sécurité sociale sert entre autres à rembourser les frais exorbitants de l'hospitalisation de ceux qui, en fumant leur vie durant, ont en pleine connaissance de cause consciencieusement préparé leur cancer... A l'heure où l'on nous raconte à la télé d'invraisemblables histoires de suicides collectif, je m'étonne que celui des fumeurs n'ait encore pas été considéré comme tel. Je vois chaque jour autour de moi des gens s'auto-détruire en ma présence, même si ce processus doit mettre plusieurs années à aboutir, et il semble pourtant que la situation soit parfaitement normale. Doit-on, au nom du respect des libertés individuelles, rester inactif si l'on voit un quidam se trancher les veines devant nous, sur un quai de métro? La situation du fumeur est, décalage temporel mis à part, strictement identique. Mais personne ne déclenche la moindre alarme...
Et bien que, dans notre société, l'assassinat ne soit certes pas mieux considéré que le suicide, il n'y a pas davantage de réaction qui soit suscitée par la façon dont, partout et tout le temps, les fumeurs portent atteinte à la santé des non-fumeurs, et contribuent à petite dose à l'accumulation de ce qui, à long terme, peut les tuer aussi efficacement qu'une guerre ou un accident de voiture. Il semble que nous devions, par politesse, accepter ce lent génocide, qui voit une population d'un même pays anéantir dans sa propre lente auto-suppression ceux qui semblaient pourtant vouloir ne pas prendre part au massacre. Certes, voir se répandre les volutes grisâtres et goudronnées de la fumée d'une cigarette dans l'atmosphère que tente de respirer un non-fumeur est bien moins spectaculaire que de le voir tomber sous la mitraille d'un envahisseur, ou disparaître sous les roues d'un véhicule incontrôlable. Mais l'effet est pourtant bien similaire, et il me paraît un peu "léger" d"essayer de se convaincre que le fait qu'une telle conséquence doive dériver d'une lente accumulation puisse, en quelque sorte, "diluer" la responsabilité de ceux qui y participent, comme la fumée qui est sensée se dissiper dans l'air... Le scandale de l'amiante et celui de la fumée se valent aisément mais, allez savoir pourquoi, l'un paraît plus scandaleux que l'autre.
Cette lente et mortelle agression est bel et bien une réalité. Il semble par exemple que l'effet vaso-constricteur de la nicotine, qui protège quelque peu les vaisseaux sanguins du fumeur, empêchant l'intrusion excessive des substances dangereuses du tabac dans son organisme, ne se produit pas chez le non-fumeur proche, qui peut-être n'absorbe pas une quantité de fumée aussi importante, mais n'est pas protégé du tout contre sa nocivité. Quant au fait que la pollution atmosphérique, dûe entre autres à l'excès de circulation automobile dans les villes, ne soit pas seulement imputable aux fumeurs, il serait bien hypocrite de prétendre que cela puisse excuser le fait que, dans des zones pourtant plus difficiles à aérer que les rues d'une ville, telles que les lieux publics et les couloirs du métro, on nous prive de la possibilité qui nous restait de respirer à peu près normalement. Et si le fumeur affiche par ses actes sa liberté d'agir, il ne respecte en rien celui qui, non loin de lui, est peut-être asthmatique ou fragile des yeux, et qui ne devrait pas avoir à s'excuser de demander qu'on ne lui en rajoute pas. Et je ne parle pas de ce qui, en regard de tout ce qui précède, peut paraître futile, mais reste cependant aussi injuste que désagréable: l'odeur véritablement infecte qui s'incruste dans les vêtements de ceux qui, bien contre leur gré, ont dû pendant des heures côtoyer ceux dont la pénible habitude a sans doute depuis bien longtemps privé de tout sens de l'odorat, et dont l'haleine ne vaut d'ailleurs pas mieux que la pestilence citée plus haut...
Mais tout ceci n'est jamais qu'une compilation de constatations sur ce qu'il me semble convenable de considérer comme une vaste manifestation d'égoïsme et d'irresponsabilité. Or il me semble qu'il y a plus grave encore.
Car de même que la crise, prétendument économique, que nous traversons, est sans aucun doute bien davantage une crise de conscience, et la conséquence de ce que, depuis beaucoup trop longtemps, réfléchir au sens de la vie passe pour une absurde futilité, voire même pour un vice -sans doute plus grave que celui de fumer!- de même, le problème du tabac pose, au delà des considérations pratiques ou médicales, un conséquent problème de conscience et d'éthique.
Le simple fait, tout d'abord, que le fumeur semble ne pas pouvoir ou ne pas vouloir prendre conscience de son état de dépendance, et puisse accepter aussi facilement de voir sa volonté asservie par ce petit cylindre de papier, me stupéfie. Il n'y a entre le tabac et ce que la justice appelle "drogues" qu'une différence de degré, et certainement pas une différence de nature. Le tabac est bel et bien une drogue, même dite "douce", et sa consommation, motivée par ses effets psychostimulants, entraîne un phénomène de dépendance. La raison pour laquelle dealers et consommateurs de drogues sont poursuivis par la police et expédiés en prison peut tout à fait être rapprochée de ce qui semble pourtant bien innocent au fumeur commun. Et le caractère criminel de ceux qui vendent de la mort en poudre dérivée de l'opium n'a pas grand chose à envier à l'inconscience coupable de ceux qui, quotidiennement, vendent de la mort à fumer au tabac du coin. Et ne parlons pas de la ressource financière colossale que représente pour l'état le monopole de la diffusion des cigarettes, ni de l'invraisemblable paradoxe que l'on peut constater si l'on met en balance le fait que cet état d'un côté mène des campagnes d'information pour freiner la consommation de tabac, et de l'autre remplit ses caisses avec les taxes sur ce même produit. Prétendument, bien sûr, pour compenser le déficit de la Sécurité Sociale, mais il faut savoir que, bien que le prix des cigarettes ait considérablement augmenté, dans le même temps la consommation n'a presque pas diminué (de l'ordre de un ou deux pour cent...), ce qui laisse penser que le coût à venir en soins médicaux ne sera probablement pas compensé par ces surtaxes. On peut alors se demander si, l'état étant à la fois juge et partie, la campagne d'information anti-tabac a vraiment été faite avec conviction, et donc avec une réelle efficacité... Que dire, aussi, de l'interdiction de fumer dans les lieux publics, pour laquelle des lois ont récemment été votées, alors que de telles lois existaient déjà auparavant? Ceci peut laisser penser que tant de fumeurs figurent parmi ceux qui sont supposés faire appliquer ces lois qu'il y a peu de chances que les sanctions prévues en cas d'infraction à ces lois soient infligées à ceux qui les enfreignent. De là à penser que ces lois artificiellement renouvelées ne sont là que pour des raisons éléctorales et pour se donner bonne conscience, il n'y a qu'un pas à franchir... L'exemple le plus spectaculaire de cette abérration est quotidiennement visible dans les transports en commun: il est interdit depuis déjà belle lurette de fumer non seulement dans les wagons, mais également dans les stations et les couloirs du métro parisien. Or non seulement aucun contrevenant ne se fait verbaliser, mais il n'est pas rare de voir, aux guichets de vente de tickets, les employés de la RATP la clope au bec, évidemment peu disposés à signaler aux gens qui rentrent dans la station en fumant qu'ils sont en train d'enfreindre la loi!
Si ceux qui doivent faire appliquer la loi l'enfreignent ouvertement, alors quel sens ont encore ces lois, et que doit-on alors penser de la valeur des lois en général?...
Ce refus de vouloir examiner les conséquences de ses actes me semble symptomatique d'une société qui ne veut pas voir d'où elle vient ni, surtout, où elle va. Et avancer ainsi à l'aveuglette ne peut peut en aucun cas permettre de croire que l'on va dans la bonne direction. Et ce que l'on fait d'irresponsable dans les petites choses ne peut que laisser croire que l'on se montrera aussi inconséquent dans les grandes. Comment, en effet, peut-on accorder quelque crédit à un prétendu écologiste qui vous affirme, cigarette au bec, qu'il faut lutter contre la pollution de l'air? Comment ne pas voir que ceux qui tuent lentement leur propre corps et leurs congénères n'ont aucune légitimité quand ils déclarent attendre de ceux qui prennent les décisions un moyen de changer la société en mieux? Dans de telles conditions, comment ne pas voir que l'état des esprits est à la ressemblance de l'air qui nous environne: brumeux...
Les actes n'ont pas à être déterminants sur les pensées, et ce n'est pas à la matière d'affirmer son pouvoir sur l'esprit, mais bien le contraire. Si l'on veut profiter de la vie, comment peut-on le faire en se livrant quotidiennement à un acte qui, même petitement, est aussi relié à la mort? Affirmer par ses actes, par exemple en ne fumant pas, que l'on peut faire des choix orientés vers la vie, et les appliquer non par habitude mais par décision, me semble une façon efficace de lutter contre l'entropie et la fatalité. Ce n'est pas toute la solution, mais c'est un bon début, et comme on dit, "il n'y a que le premier pas qui coûte"...
Si vous êtes fumeur, comprenez-moi bien: je ne vous demande pas d'arrêter de fumer. Je vous demande simplement de prendre ce discours en considération, étant entendu que je revendique la subjectivité de mon propos et que je n'attends pas de vous de croire que j'ai raison. Si vous avez eu la patience de me lire, je vous demande seulement de réfléchir à ce que j'ai écrit. Peut-être avez-vous déjà, par vous-même, mené cette réflexion. Tant mieux. Peut-être n'aviez-vous pas encore examiné certains des points que j'ai évoqués. Tant mieux encore; profitez-en, s'il vous plaît, pour y réfléchir. Je ne cherche pas à vous convaincre, je vous prie simplement de profiter de l'opportunité de cette lecture pour vous faire votre propre opinion, mais de façon réfléchie.
Je ne peux, ni ne désire, prendre une décision à votre place. Mais je peux légitimement vous demander d'y penser. Si vous êtes arrivé jusqu'en bas de cette longue page, c'est peut-être que vous n'y êtes pas totalement insensible... ;-)
|